103 - Anamnèse Romanesque

Avertissement : Tu ne devrais pas être ici.

La légende qui va suivre est celle que ma mémoire se raconte. Beaucoup de ces lignes ont été écrites à chaud, alors que l'émotion agitait encore l'auteur, toute pensée rationnelle étant impossible.

Les événements ici exposés le sont tels qu'ils furent ressentis ; aussi, il est admis que ce qui est conté n'est pas la réalité, mais une perception de celle-ci, déformée par de nombreux prismes tels que le langage, la réflexion, l'anamnèse, et bien d'autres encore.

Il est déconseillé de continuer la lecture après cette ligne.

3615 Mylife

Voilà, nous sommes Jeudi 24 Juin,

Je viens de rentrer du boulot, il est 22h37 au moment où je commence cet article. Sur le chemin du retour (plus de 40 minutes tout de même) j'ai eu le temps de penser à ce que j'allais y écrire, mais franchement, comme tous les jours, arrivé ici, tellement de choses sont passées dans ma tête que plus aucune n'a de sens. Je sais, vous me direz, je vais encore me plaindre. Pour ceux qui en ont marre de ça, et qui veulent pas lire les divagations d'un esprit malade, dérangé, pessimiste, geignard et ridicule, la petite croix en haut à droite de votre écran vous attend. Je ne force personne, ceci étant dit, c'est parti pour le 3615 MyLife.

On va commencer par le début, vaut mieux, parce que j'ai dans mes amis des personnes qui me connaissent moins que d'autres. Je suis né à Corbeille-Essonne, dans le 91, ouais chuis Parigot et (pas toujours) fier de l'être. Comme j'ai passé que mes 5 premières années là bas, j'en ai pas beaucoup de souvenirs, mais j'ai gardé les meilleurs, les potes, les jeux, l'anniv' d'une copine à Mac'Donald, où on avait eu plein de jouets et où on avait fini par dormir tous sur les banquettes tellement on avait fait les zouaves... Trop chou à cet âge là le Romu. Ensuite je vous passe les détails, j'ai déménagé pas mal de fois (une dizaine en tout). On arrive à Bujaleuf, où, je dois le dire, j'ai eu du mal à me faire des amis... En effet, le Limousin, ben c'est pas gégé niveau Jeunes. Bref, on passe aussi, je me suis fait des amis pas communs, inoubliables, Dam's, Fab, Geo, Jerem' et Matt en font partie, mais y'en a d'autres, c'est pas parce que je vous cite pas que vous êtes pas dans mon cœur. Ah oui j'oubliais, pendant tout cet article je vais étaler mes sentiments, ouais j'ai un cœur, ouais y'a des mecs dedans, et non j'ai pas envie de leur péter le cul, ils sont dans mon cœur j'ai dit, pas sur ma bite. Bref. J'arrive à Dautry, et là, ça commence plutôt bien, au départ j'avais bien commencé à me faire des potos, mais j'ai fait une énorme connerie, pour tout dire j'ai profité de la faiblesse morale d'une de mes amies pour coucher avec elle, certains appellent ça du viol, j'en ai fait partie. Elle était si belle, une rose en plein soleil, et le soleil c'était ma vie. Mais là arrivent les nuages : elle avait un copain, elle a crié au viol, j'ai fermé ma gueule, je m'en voulais tellement d'avoir profité d'elle comme ça, infâme, et là, première "tentative" de suicide, bon okay j'ai jamais eu le courage, mais j'ai tenté quand même. Ce sont mes oncles qui m'ont sorti de cette merde au début, mais ils étaient pas toujours là, pas assez présents, et j'ai commencé à sombrer. Mes amis s'éloignaient, ils prenaient chacun leurs propres chemins, j'étais honni de mes anciens partenaires à cause de mes erreurs, je me sentais seul, je ne l'étais pas mais j'en avais le sentiment. Et j'ai sombré, sombré encore, de plus en plus profond, jusqu'à ne plus voir aucune lumière. Et là est arrivée ma Muse de Porcelaine. Comme c'est 3615 MyLife, et que de toute façon j'arrive pas à démêler le mensonge de la réalité dans la sienne, je ne vais parler que de mon point de vue. En la trouvant, j'ai commencé à découvrir quelque chose d'un peu nouveau je dois dire, l'amitié avec une fille de mon âge. J'avais déjà une "amie", qui m'a aussi beaucoup aidé, pendant un an et demi, mais elle avait 30 ans, et vit à Toulouse il me semble, donc ça n'avait rien à voir. Et là, plus je me rapproche d'elle plus ce sentiment nouveau se transforme, je passe très vite d'amitié à désir, puis de désir à passion. Je lui avoue, elle me répond qu'elle ressent quelque chose de similaire, et nous "sortons" ensemble, par internet. Puis, deux mois plus tard, elle me dit que le côté physique d'une relation lui manque, et elle me quitte pour un autre. M'arracher ainsi la lumière que je venais de retrouver... C'était horrible, mais pas tant que ça, je n'avais en effet pas eu le temps de m'y habituer assez pour qu'elle me manque vraiment. Évidemment, back to start, je recommence à plonger, mais différemment cette fois, je deviens un connard, je me mets à haïr le monde autant que je me haïssais, je le détestais parce que malgré mes efforts pour changer, malgré tout, le monde lui ne changeait pas, et au final je ne voyais toujours aucune lumière. Et, au plus profond du gouffre, revoilà ma Luciole, revoilà Aurélia. Ma meilleure amie, la meilleure que j'ai jamais eue, qui décide de m'aider à remonter la pente, petit à petit, mais je l'entrainais, car j'étais trop lourd. Alors nous avons "fusionné", nous nous sommes remis ensemble, deux en un plus forts que deux séparément. Puis le temps passe, nous remontons petit à petit. Et vient la rencontre : Bonheur total (encore une fois uniquement de mon côté, je ne connais pas l'intérieur de sa tête...) et je remonte, de plus en plus vite, mais elle a toujours une longueur d'avance. Je la suis, à mon rythme, et je l'aime tellement, plus le temps passe plus je l'aime, plus je l'adore, plus elle m'est vitale... Et là, un an passe, où je donne tout, où je sacrifie tout, pour elle. Mes amis reviennent, mais je les sacrifie pour elle. Ma famille se dissout, mais je ne fais aucun effort pour la ressouder, trop occupé par elle. Ma vie part à vaux-l'eau, mais je m'en fous, je ne vis que pour elle. Et je quitte tout pour la rejoindre. Voici venir : CHOLET.

Huit mois. C'est le temps qu'il m'a fallu pour trouver un emploi. C'est le temps pendant lequel j'étais sorti du gouffre, enfin. C'est le temps pendant lequel je suis retourné en enfance, retrouvant mon insouciance de gamin de 4 ans. C'est le temps pendant lequel j'ai fait du mal à la seule personne dont le bonheur m'importe.

Et, au moment où ma vie commence à vraiment se reconstruire, ma Muse me jette. Elle se trouve un autre homme, et n'a plus besoin de moi. C'était il y a un mois et demi. Mon château de cartes s'écroule, et je retombe. Et plus personne pour me retenir, plus personne pour me soutenir, car personne ne le sait à part elle, et elle, elle s'en fout, elle me regarde, elle ne fait rien. Elle n'a plus besoin de moi pour monter la pente, elle a toujours eu de l'avance sur moi, et elle est arrivée au palier avant moi, mais elle n'a pas attendu que j'y arrive avant de couper la corde. Et, au moment où ceux pour qui je "compte" se rendent compte que je tombe, il est déjà trop tard. Trop tard car j'ai pris trop de vitesse, je tombe trop vite. Et on arrive à aujourd'hui. Je tombe toujours, et chaque jour qui passe, je pense avoir touché le fond, et je tente de regravir quelque pouces, quelques millimètres de cette pente, mais pour chaque micromètre que je grimpe, j'en dévale 20... Y a-t-il une fin à part la mort ?

Pour résumer ma situation actuelle : J'aimerai mourir. Cependant, j'aime toujours Aurélia, tous les jours un peu plus. Et elle continue de me dire que PEUT-ÊTRE qu'elle reviendra au mois de Septembre, ou avant, ou après, enfin elle en sait rien. Et elle m'a demandé de ne pas mourir. Je n'ai jamais pu lui refuser quelque chose, et là, je ne peux pas mettre fin à ma vie si elle me demande de ne pas le faire. Donc je ne meurs pas. Alors que dois-je faire ? Supporter ce monde qui ne me supporte pas ? Souffrir en silence, fermer ma gueule encore une fois ? N'est-ce pas mourir à petit feu ?

Je ne sais pas quoi rajouter, évidemment ces question sont rhétoriques, pas la peine de tenter d'y répondre. Pour ceux qui m'ont lu, je demanderai bien pourquoi, mais l'habituel "je m'intéresse à toi" sera je le pense courant, ou alors remplacé par le tout aussi peu rare "j'avais rien d'autre à faire".

Mais au fait, qu'est-ce que je fous là ?

23h21.


On est dimanche 26 septembre

au moment où je commence cette deuxième partie. J'ai laissé passer plusieurs mois, à dessein, pour qu'il y ait un genre de progression, voir ponctuellement ce qu'il se passait quoi. Et au final, progression il n'y a pas.

Il faut rendre à César ce qui est à César : je ne peux pas dire qu'il n'y a eu aucune évolution entre temps. J'ai repris ma vie en main, j'ai quitté mon boulot, je suis retourné au lycée, réinscrit en première littéraire. Avec pour projet, si possible, de passer le bac. J'avais aussi envisagé d'entrer à l'armée, mais au final je sais pas.

Voilà, maintenant on va déballer le 3615 mylife.

Entre temps, voici les différents évènements : J'ai revu Aurélia, vers mi-juillet. Elle m'a demandé de me barrer, ce que j'ai fait. Adieu Cholet, ville maudite... Rien que de reprononcer ce nom, j'en chiale. Cholet, Angers. Deux villes que je ferais cramer, pierre après pierre, si j'en avais l'occasion.

J'ai donc déménagé. J'ai tout abandonné, à nouveau : la femme que j'aimais, l'appartement, mon boulot... Tout. Je suis retourné vivre chez ma mère. Et là, commencent les emmerdes. Que faire maintenant ? Je n'ai plus de raison de vivre, plus de raison de continuer. Que faire ? Alors j'attends. Peut-être y aura-t-il un signe... Ou pas. Je me réinscris donc en première littéraire à St léo, et j'attends. J'attends. J'attends. Arrive le premier septembre, à grands pas. Je passe ce jour maudit, cette première date de déchéance, à attendre devant la fenêtre, attendre qu'elle revienne. Elle m'a donné trois dates, jusqu'auxquelles je dois l'attendre : premier septembre 2010, noël 2010, et premier juillet 2011. Le premier septembre est passé, j'ai pleuré. Je ne suis plus qu'une coquille vide maintenant. Mais je tiens bon.

Le temps passe, je vais au lycée. Je découvre la manière de cacher tout ça : impressionnant comme l'énergie du désespoir est aisément convertible. Plus je suis triste, plus l'envie de pleurer se fait sentir, et plus je saute partout, plus je suis "chiant", plus je tente de m'intéresser aux cours... jusqu'à ce que je pète un câble, et, le soir, dans ma chambre à l'internat, je pleure, et je me retiens tout juste de faire ce qu'elle m'a interdit de faire.

Je n'ai même plus envie de rentrer chez ma mère le week-end : à la maison, il n'y a pas de cours pour se vider la tête, il n'y a que les livres, le PC, et les larmes. Alors, chaque Vendredi soir, j'attends avec impatience le Lundi, la reprise des cours, et j'appréhende malgré tout de ne pas arriver à cacher tout ça, de pleurer un jour devant tout le monde, ou pire, de faire du mal à quelqu'un, qui sera au mauvais endroit, au mauvais moment, et qui prendra pour le reste du monde, ce monde qui m'a renié.

A l'heure actuelle, je passe donc pour un mec chiant, narcissique et égocentrique, pédant, vantard, prétentieux... C'est un moindre mal. Qu'en serait-il si ils savaient ? Qu'en serait-il s'ils découvraient que tout ça n'est qu'une façade ? Je ne sais pas. Ils l'utiliseraient probablement à leurs fins...

Mes journées se passent donc dans la plus grande solitude intérieure. Mon esprit vit reclus dans ses questions, celles qui m'ont toujours hanté... Pourquoi le monde ? Comment montrer aux humains qu'ils sont manipulés, qu'ils ne sont plus que des machines cruelles et sans âme ? Pourquoi suis-je dans ce monde dont je ne veux pas, et qui, manifestement, me le rend au centuple ?

Merci à ceux qui sauvent ma vie tous les jours. D'abord, mon frère, sans qui je ne tiendrais jamais ici bas. Ensuite, mes amis, ceux sur qui je sais que je peux compter, et en particulier Damien, qui par deux fois déjà est venu tirer mon cul de ce bourbier infernal. Monsieur Clavaud aussi, mon professeur principal, qui malgré son métier, parvient à rester humain. Et enfin, les autres, ceux qui arrivent à m'arracher une étincelle de sentiments, ceux qui me haïssent comme ceux qui m'apprécient, car grâce à eux, je garde la minuscule particule d'humanité qu'il me reste.

Maintenant on va attendre Noël, et continuer à se poser toutes ces questions inutiles...

Mais au fait, qu'est-ce que je fous là ?

23h54.


25 Décembre.

Je l'attends mais elle ne viendra pas. C'est aujourd'hui que la deuxième consolidation du mur qu'est ma vie, ce mur de mensonges que je me suis bâti, va céder. C'est aujourd'hui que le vernis dont je me pare depuis plusieurs mois s'effrite un peu plus. Mais vous ne verrez pas mon âme, car elle est noire, comme l'Encre, comme la Nuit la plus profonde, d'une noirceur inégalable, entachée de morve et de boue, encrassée de sang et de sueur rance.

25 Décembre. Aujourd'hui, la désillusion prend suite; elle ne prendra fin que dans quelques mois, mais le désespoir prend racine un peu plus en ce jour qu'en tous les autres jours de l'année réunis. Aujourd'hui, ma voix chantera plus fort, plus haut, plus juste, je sauterai plus loin, je danserai plus vite, j'embrasserai plus profondément les gens qui m'entourent, parce que toute énergie est aisément convertible, et celle de la Mélancolie l'est plus encore que toutes les autres.

25 Décembre. Je contemple derrière moi les vestiges de ma vie passée, du haut de ma "jeunesse" tel que me voient les autres. Je contemple cette existence, gâchée par des pulsions que je ne cherche pas à contrôler, réduite à néant par le silence dont j'entoure mes péchés. J'ai ruiné ceux que j'aimais, j'ai détruit ce à quoi je tenais le plus, la seule chose qui comptait pour moi.

25 Décembre. Aujourd'hui, je fais un pas de plus vers la mort. Un pas de plus contre le Temps, qui me renvoie mes erreurs en pleine face, ce vent implacable couchant contre mon visage la haine que je me porte.

25 Décembre. Aujourd'hui, mes amis, ma Famille, j'ai besoin de vous. Vous êtes ce palliatif dont j'ai besoin, ce substantif à l'Héroïne qui me fait défaut, ce placébo qui sauve ma misérable vie, ma pitoyable existence à laquelle je m'accroche pourtant, dans l'énergie du désespoir, comme un alcoolique à sa bouteille.

25 Décembre. Joyeux Noël à vous, insouciants, que j'admire pour votre capacité à conserver votre bonheur, et que je hais par jalousie, à cause de mon incapacité à avoir gardé le mien.

Il est Midi et demi, et aujourd'hui, Samedi 25 Décembre 2010, je me raccroche à cette idée simple, que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, car chacun de mes malheurs individuels doit mener vers un bien commun. Sinon, pourquoi tenir ? Où serait l'intérêt ?

Mais au fait, qu'est-ce que je fous là ?


Nous sommes les 19 avril 2011.

Nous sommes ce putain de 19 avril. Cet enculé de 19 avril. JE HAIS LE 19 AVRIL BORDEL, JE LE HAIS.

Nous sommes le 19 avril, et les dernières nouvelles que j'ai eu d'elle, c'est un message d'insulte de se mère me traitant de voleur malhonnête. Eh bien, soit. Je me hais plus que vous ne pourrez jamais me haïr, alors allez vous faire foutre, madame.

J'ai choisi, inconsciemment, cette vie. Oui, je le sais maintenant, je l'ai choisie. J'ai choisi de pourrir ici, j'ai choisi de remettre ma vie entre ses mains il y a trois ans, j'ai choisi de rester fidèle à mes principes, quoi qu'il arrive, malgré que cela me place en marge de cette société. Et maintenant, je choisis de mettre fin à tout ça.

Je suis maître de ma vie. Le seul, l'unique maître de mon corps et de mon esprit. Rien ni personne ne m'ôtera ce droit, rien ni personne ne m'empêchera de savoir ce qui est juste pour moi, ce qui est mauvais, que faire, quand le faire, pourquoi le faire. Je suis libre. C'est pourquoi je choisis la fin.

Je sais que personne ne lira ceci. Je sais que, face à l'adversité, on est toujours seul. Face à la mort, lorsqu'on plonge notre regard dans ses orbites vides, lorsqu'on sourit à sa faux, on est seul. Alors, pourquoi écris-je ceci ? Pourquoi ? Je m'entête, je persiste et je signe. Je ne sais pas pourquoi.

Allez, arrêtons là la métacognition, et repartons pour le 3615Mylife, comme d'accoutumée.

Depuis le 25 décembre, il y a eu une certaine sorte d'évolution.

Tout d'abord, j'ai totalement perdu espoir de son retour. Je me suis fait une raison, et la seule chose qui me permet de tenir debout, le sourire au lèvres, les yeux pétillants et l'humour mordant, c'est ma promesse, ma putain de promesse. Et l'alcool, évidemment. Ca a été la révélation de l'année 2011. Le 30 décembre, pour fêter le nouvel ans, ma meilleure amie a été la Vodka. Eh bien, cette nouvelle amie s'est montrée plus que fidèle, et très présente. Actuellement, il ne se passe pas une semaine sans que je boive. L'alcool est mon nouvel allié, et il le restera jusqu'au bout. Je mourrais une bouteille à la main.

Mais tout n'est pas sombre dans cette histoire que j'ai tracé en ce nouvel an. J'ai rencontré une fille, une amie elle aussi, bien que ma relation avec elle soit complexe. Elle me rappelle tellement Aurélia... Blonde, jolie, timide, triste, voilà comment je la décrirai. Solenn, le soleil qui a éclairé ces derniers mois. Elle m'a permis de voir une nouvelle dimension de ma vie. Le Temps, ennemi implacable, ne me laisse pas de répit, mais Solenn a donné un but à ce sablier. Je tente, depuis Janvier, de l'aider, comme j'aurais voulu aider Aurélia, comme j'aurais voulu qu'on m'aide aussi. Elle est ma rédemption, l'action bénéfique que j'accomplis dans l'espoir de racheter un peu mon âme. Si je parviens à l'aider, elle, peut-être mon existence n'aura-t-elle pas été si vaine que ça.

Il me faut aussi parler d'Alejandro, le colombien, élève dans ma classe de 1ère L et compagnon de beuveries, ainsi que de Papa, Clément Pabiot, instigateur du mouvement Lycéen, et enfin de l'ensemble de la Waaaggh Corporation /// Team Zazou, qui sont tous là pour moi, quand j'en ai besoin. Grâce à eux, je peux enfin oublier ce qui me ronge, au moins de courts instants; c'est grâce à ces gens extraordinaires que ma vie prend un tournant moins sombre, plus enjoué.

J'ai été renvoyé de l'internat courant Février. Les vacances sont arrivées à point, Fabien m'a aidé plus que je ne saurais lui en être reconnaissant, et voilà que je me rends compte que je n'ai plus rien à faire dans ce Lycée. Trois choix s'offraient à moi : Aller vivre chez mon père, rentrer au séminaire, ou m'engager dans l'armée. J'ai choisi cette dernière option, sous la tutelle de mon oncle. Mes tests physiques et psychologiques se dérouleront le 10 mai, à Bordeaux. Si je suis encore en vie, évidemment. En attendant, je reste au Lycée, mais je vois bien que ma présence est indésirable. Les vacances de pâques ont débuté vendredi dernier, j'attends donc de voir si elles seront aussi exaltantes et alcoolisées que celles de Février. Sinon, advienne que pourra.

Il est temps de faire passer les messages personnels.

Fabien, je te remercie de tout ce que tu as fait pour moi. Je ne pourrais jamais te montrer ma gratitude comme il se doit, j'en suis désolé. Sois riche pour moi, et n'oublie pas notre projet d'aide au suicide, il me tient à coeur.

Damien, mon portugais adoré, je partirai avant toi, finalement. Merci pour tout Patron, merci.

Karl, mon frère, j'ai mis du temps à me rendre compte à quel point tu comptais pour moi. Tu as été là quand j'étais au plus bas, et tu m'as appris tant de choses. Je t'aime little Bro'.

Geo, nos principes ont divergé, mais tu resteras dans mon coeur, whatever.

Jerem', dude, je ne te ferais pas l'affront de te l'écrire (ou plutôt te le massacrer) en anglais, mais tu m'as beaucoup appris. N'oublie pas de vivre.

Matt, un gros WAAAGGH suffira je pense, parce que tu sais ce que ça veut dire. T'es un Bonhomme, j'aurais voulu l'être aussi.

Yann, j'ai eu beau me moquer de toi, tu fais quand même partie de la famille. T'es un mec bien, ne l'oublie pas.

Larsouille, je suis désolé de ne pas te l'avoir dit, mais t'es vraiment un mec qui compte pour moi. J'aurais voulu passer plus de temps avec toi.

Alej', en tiempos de guerra... J'espère que tu mettras pas ta bite dans mon cercueil. May the Force (of the Beer) be with you.

Tom et Buck, j'ai eu beau vous bizuter, vous êtes la prochaine génération de la Waaaggh, soyez-en digne, vous le méritez.

Anton, Gros Pierrot, Danny, j'aurais aimé passer plus de temps avec vous. Merci pour ces bons moments.

Sow'... je suis désolé de t'abandonner, j'aurais voulu faire beaucoup plus pour toi, ne te laisse pas abattre, et prends en main ta vie.

Ceux que je n'ai pas cités ici, ne vous en faites pas, c'est que je n'ai pas besoin de vous dire ce que je pense, vous le savez déjà. Je pense à vous tous, j'ai au moins une dizaine d'autres personnes en tête, mais je ne peux pas écrire sur chacun, ce serait trop long et inintéressant.

Cette quatrième partie est finie, je crois. Attendons la suite, advienne que pourra. Carpe Diem.

Mais au fait, qu'est-ce que je fous là ?

00h53.


Samedi 9 juillet 2011.

Dans deux jours, nous serons le 11 juillet 2011, un an exactement après mon départ de Cholet.

Dans deux jours, tout ceci prendra fin.

J'entends d'ici les moqueries et les rires ironiques et condescendants. Je sais ce que vous pensez. Mais vous avez tort. Ceci n'est pas un appel au secours. Ceci n'est pas une stratégie visant à me faire plaindre. Ceci n'est pas du pessimisme.

Tout ceci est simplement la fin de tout. La fin de ma folie, la fin de mon monde, la fin de mon existence. Même si je survis, je ne suis plus Romuald-Esteban Rey. Même si je survis, mon identité s'éteindra ce 11 juillet. Adieu, tous.

Certains voudront des explications. Je n'en ai pas de satisfaisante. Il serait facile de blâmer mon éducation, le monde, ou moi-même. Il serait facile de parler du gouvernement, d'Aurélia, de la loi, de l'amour, de l'adolescence, du complexe de Peter Pan... Mais rien de tout cela n'est juste, et rien n'est faux non plus. Si je devais trouver une raison, je dirais que la nature nous a fait le don de pouvoir réfléchir à la vie et à son sens. La nature nous a donné le choix, et le pouvoir de l'utiliser. Elle nous a permis d'outrepasser l'instinct, et de préférer la mort. J'utilise ce pouvoir.

Je vous entends d'ici récriminer contre ce choix, me parler de courage, de ma famille et de mes amis, d'abandon, de lâcheté, d'idiotie. Je vous entends, avec vos arguments débiles, pré-mâchés, vos arguments tout faits. D'abord, ceci ne vous regarde en rien, c'est mon choix, je respecte votre vie, respectez ma mort. Ensuite, j'ai eu un an complet pour réfléchir à tout ça. Vous ne croyez pas que j'ai déjà exploré tous vos arguments de fond en comble ? Si. Je l'ai fait, des dizaines, des centaines de fois. Je suis allé consulter des sites internets spécialisés, parlant de suicide, de maladies mentales, d'adolescence. J'ai lu des livres dessus. J'en ai parlé autour de moi. "Le suicide n'est pas une solution !"

La blague. Pas une solution ? Mais y a-t-il une solution ? Vivre non plus ne règlera pas le problème, se battre ne fait qu'aggraver les choses, et laisser faire provoque juste l'allongement de la peine. Personne ne sait ce qu'il y a après. Personne ne savait ce que cachait le Nouveau Monde en 1492. Pourtant, certains ont eu le courage d'y partir, de tout abandonner pour aller voir. Eh bien, je suis de ceux qui abandonnent tout, pour "voir". Et je vous emmerde, si vous n'êtes pas d'accord.

Bon, eh bien, j'ai fait le tour de la question. Évidemment, au moment approprié, ceci sera publié sur mon mur, une liste sera écrite, sur papier, et remise à qui de droit, avec les personnes à prévenir immédiatement, et tout sera en ordre. Je charge mon frère de redistribuer le peu de mes possessions matérielles, le reste, débrouillez-vous.

Ceci est la fin.

Mais au fait... je ne sais toujours pas ce que je fous là.


Mercredi 18 Janvier 2012.

Je suis encore en vie. Comme d'habitude, j'ai changé d'avis au dernier moment, je n'ai pas su mettre mon projet à exécution. Comme d'habitude, je suis une sombre merde incapable d'agir pour le bien commun.

Étonnamment, il ne s'est pas produit beaucoup de choses depuis la dernière fois que j'ai écrit. Quoique... en fait, si, mais trop sont encore chaotiques dans mon esprit.

J'écris ici à nouveau car Elle est de retour dans ma vie. Elle m'a débloqué sur Fesses-de-bouc, et tout est remonté dans mon esprit, tout ce que je tentais d'oublier, en vain, depuis deux ans bientôt. Mon amour pour elle, ma passion devrais-je dire, ma haine pour ce monde et pour moi-même, ma colère, mon désespoir... puis tout s'est évanoui, comme si un éclair avait traversé mon corps et mon esprit, puis les avait laissé vides de tout, de tout sentiment, de toute émotion. Je me sens... creux. J'ai l'impression d'avoir réalisé mon rêve, de n'être plus qu'une machine sans espoir et sans vie propre, qui n'agit que par instinct sur l'instant, instinct de conservation et besoins/envies pressants.

Ces derniers mois se sont enchainés, mais il me faut remonter jusqu'à mon dernier article.

Je pensais, à l'époque où je l'ai écrit, que rien ne pourrait plus me sauver. J'avais, en quelque sorte, raison. J'avais foi en quelques personnes, une en particulier que je ne citerai pas, je ne pense même pas qu'elle se reconnaîtra car elle m'a supprimé de ses amis. Cette personne me semblait être un ange déchu du ciel, une personne que j'aurais pu aider et qui m'aurait aidé en retour. Cependant, il s'est avéré qu'elle n'avait pas la force de supporter le poids que je faisais peser sur ses épaules. Elle a craqué, et de désespoir j'ai fait de même. Nous ne nous somme plus reparlés entre mi juillet et mi novembre.

Ensuite est arrivée l'IRL. Cette fête qui a duré un mois durant, tout le mois d'août. Elle se déroulait chez une personne en qui je plaçais beaucoup d'espoirs aussi, eux aussi légèrement déçus; j'ai trop divergé et elle aussi pour que nous puissions être de nouveau en harmonie. Cette IRL m'a fait trouver, l'espace d'un mois complet, ce que je cherchais depuis toujours, semble-t-il, sans réellement le savoir : une vraie famille, une vraie communauté, dans laquelle il n'existe pas d'individu, mais bien une cohésion et un esprit commun, une âme vivante divisée entre chacun des éléments la composant; cette IRL m'a ouvert les yeux. J'y ai rencontré des personnes formidables, qui m'ont grandement aidé à tenir le contre-coup du 11 juillet.

Puis je me suis engagé à l'armée, le 5 septembre 2011, après avoir quitté la Waaaggh. Eh oui, la Waaaggh n'est plus, même si son esprit est toujours en certains d'entre nous.

J'ai suivi trois mois de formation, plutôt devrais-je dire de formatage. Je suis maintenant le transmetteur Rey, militaire du rang. Je gagne bien ma vie, ce qui me permet aussi de tenir dans ce monde où règne la loi du plus fort, ou plutôt du plus riche. J'écris depuis le régiment où je suis maintenant, Mutzig, à quelques kilomètres de Strasbourg.

Puis, sans que je m'y attende, tout s'est enchaîné. Je me rends compte de plus en plus que je change chaque jour, me rapprochant de la "norme", tout en gardant ce je-ne-sais-quoi qui a toujours fait de moi ce que je suis, cette insatisfaction perpétuelle, cette impression de ne pas appartenir à ici, de venir d'un autre temps, d'un autre lieu.

Je ne sais trop quoi écrire; auparavant, mes textes étaient pleins de ressenti, mais je ne suis plus que l'ombre de moi-même. J'ai résolu presque tout ce qui me hantait, à part Elle; et c'est apparemment en cours, car je me suis rendu compte que, malgré la douleur, je n'espère plus qu'elle revienne. Je me suis bel et bien fait une raison, j'ai accepté mon destin, celui de vivre, ou plutôt de survivre, seul dans ce monde qui ne veut pas de moi, mais que je ne lui rend plus.

L'année écoulée m'a appris que se battre ne sert qu'à resserrer ses chaines, et mourir est impossible; je suis donc devenu le Brainless Jester, le bouffon sans cervelle, car sans cervelle, plus de sentiments; j'écris maintenant mes sensations éphémères pour les garder dans une petite case de ma tête, ne jamais les oublier, mais je ne les ressens plus avec la passion et la force d'autrefois; je dois être trop vieux maintenant, trop usé.

Et, en fait, je ne sais toujours pas ce que je fous là, mais maintenant je m'en tape.

19h42


23 Janvier 2012

...au final, je n'ai que trois regrets dans ma vie, trois démons, trois poisons; ces trois phrases que j'ai dites sans y penser, que je n'aurais jamais dû prononcer...

"Tu veux que je viennes chez toi ?"

"Tu veux que je m'en ailles ?"

"Je te sens excitée..."

Si une seule de ces trois phrases n'avait pas été prononcée, alors tout se serait passé autrement, en mieux.

Mais en fait, qu'est-ce que je fous là ?

03h58


Nous sommes le 4 Juillet 2012.

Il est 2h29 du matin, et je sais même pas pourquoi j'écris ici. Je pourrais accuser le demi-litre de Vodka que je viens d'ingurgiter, je pourrais aussi blâmer le Destin, ou encore me complaire dans l'auto-satisfaction, et dire que tout ça n'est, au final, que ma faute.  Je pourrais même insinuer que je n'ai aucune idée des motivations qui me poussent à écrire. Tout ça est vrai, et faux.

J'ai changé. En bien ou en mal, je ne saurai le dire, mais j'ai évolué, mon esprit s'est structuré de manière différente, ma vie elle-même s'est organisée autour d'un autre axe : l'argent. Je m'étais toujours promis de ne jamais accorder d'importance à ces bouts de papier qu'on appelle "billets de banque"... et en quelque sorte, j'ai tenu ma promesse. Mais les avantages qu'apporte l'argent sont non-négligeables. Je ne peux plus renier ce que je suis devenu, pas plus que je ne peux effacer ce que j'étais.

Mes espoirs vains ont rencontré leur limite. J'ai aimé, une fois de plus, et j'ai tout gâché, une fois encore. Cette fille-là n'était pas comme les autres, et je me suis fait plus de mal que jamais, mais j'en ai tiré une leçon. Il ne sert à rien de se brimer, un jour, tout rejaillit, et plus la colère est enfouie, plus elle ressort avec violence.

Je bois plus qu'avant, je fume cigarette sur cigarette. L'alcoolisme me frôle comme le vent d'hiver perce les manteaux, et plus rien n'arrêtera la déchéance dans laquelle je me complais, car les humains posent maintenant sur moi les yeux de la pitié, et ces regards m'apportent le peu d'intérêt que je méritais et que je désirais. La fin est proche, mais là n'est pas encore le moment, j'ai trop de choses à faire pour mourir maintenant.

Mon futur est encore flou, mais je sais que je ne pourrais plus revenir en arrière. Ma vie d'avant était trop hasardeuse, calée sur les mouvements des uns et des autres.

Le sommeil éternel me guette, mais présentement, c'est d'un autre sommeil dont j'ai besoin : le sommeil du juste, mes larmes sont tombées sur mes erreur et les cauchemars ont fait de ma vie un enfer de veille somnolente.

Je dois à présent fuir ce monde, et trouver dans l'endormissement cet éden qui m'est interdit jusqu'ici.

02h43

Mais au fait, qu'est-ce que je fous là ?


04.10.2012

Quand je me relis (ce que, dit-on, un artiste ne doit jamais faire, par peur de corriger sans cesse son oeuvre), je ne vois qu'une suite de bonheurs et de malheurs. Une vie normale, somme toute.

Alors pourquoi ne puis-je m'en satisfaire ?Les news, tant que je les ai à l'esprit : la dernière fois que j'ai écrit, j'étais encore militaire, et je me trompais lourdement. L'armée m'a quitté, et je traine avec moi la suite de mensonges qui se sont créés là bas. Bref, comme toujours, l'humain n'est pas prêt.Je tente désespérément de me sortir de la merde noire dans laquelle je me suis toujours fourré, et qui, des années plus tard, continue de me poursuivre. Je n'ai plus de volonté, plus d'argent, plus d'amour, plus de but. Pourtant, je vis. Eh oui mes amis, tout ce pour quoi vous vivez est vain; tout ce que vous pensez, tout ce que vous croyez, n'est qu'une illusion créée par votre esprit pour coller au formatage qu'on vous fait subir depuis votre naissance...J'ai arrêté de réfléchir; oui, j'ai décidé d'abandonner ce cerveau qui m'a trop fait de mal. Malgré les désavantages du manque de réflexion, j'y vois un bénéfice énorme : mes sentiments n'ont jamais été aussi forts, aussi pleins, aussi puissants, ni même autant exprimés. L'amour, la haine, la colère, la peur... oui, tous mes sentiments sont maintenant libres.

Je n'aurais eu que trois amours dans ma vie. Tant pis.Je bois moins, je fume beaucoup plus. Je dors à l'instantané, je m'évanouis de fatigue dirons-nous plutôt, lorsque je n'ai plus de réserve. J'ai recommencé à manger aussi.

J'ai rencontré quelques personnes extraordinaires, été déçu par certains de mes amis aussi, retrouvé certains autres... trop de temps a passé depuis la première fois que j'ai écrit ici, cet article n'a plus de réel but. J'ai simplement l'impression de me confier, à quelqu'un qui comprend. Ou peut-être est-ce un appel à l'aide, une recherche justement de quelqu'un qui comprenne...Je suis devenu la loque que je haïssais auparavant. Tant pis, plus rien n'a d'importance maintenant. Laissons-nous survivre un instant de plus, jusqu'à ce que la vie soit soufflée de notre corps, une bougie qui s'éteint, puis l'oubli. J'espère.

Mais au fait, qu'est-ce que je fous là ?

13h53


Nous sommes le 24 Mars 2013.

Il est 22h11 lorsque je commence ce paragraphe.

Je viens de relire l'ensemble de ce "journal intime", ou peu importe le nom qu'on peut lui donner. J'ai commencé ce 3615MyLife pour faire comprendre à mes amis ce que je ressentais; puis, un certain temps après, j'en ai interdit l'accès, tout en continuant à écrire dessus à dates espacées, pour pouvoir percevoir une certain "progression", ou pour le moins "évolution".

Je viens de le remettre en ligne, nous verrons ce que cela change; je n'ai pas honte de qui je suis, ni de ce que j'ai pensé ou ressenti, alors pourquoi le cacher ?

Les News :

Depuis Octobre, il s'est passé pas mal de choses. Tout d'abord, j'ai reçu les ASSEDIC. Cela me permet de survivre, l'argent ne coule plus à flots comme lorsque j'étais militaire, mais ma situation reste raisonnable.

Je vis actuellement chez Geo, un "partenariat" bénéfique pour nous deux, même si je pense qu'il l'est beaucoup plus pour lui que pour moi, étant donné que je paye la nourriture, l'alcool, les cigarettes, et depuis récemment, internet, pour nous deux. Mais bon, ne nous cantonnons pas à des considérations matérielles, j'ai un toit au dessus de la tête et une compagnie presque constante, ce qui m'évite de mourir d'ennui et de solitude.

J'ai eu des démélés avec une amie qui m'était chère, dont je ne crois pas avoir déjà parlé ici, et dont je ne citerai pas le nom, puisqu'elle ne fait désormais plus partie de ma vie.

J'ai rencontré, il y a un an, une fille via Internet, sur le jeu vidéo Dofus. Elle m'a beaucoup plu, puis j'ai cessé de lui parler, puis nous avons repris contact en septembre dernier. Je me suis accroché à elle, je dois l'avouer; elle est jeune, jolie, compliquée... une fille comme je les aime, apparemment. Bref. Récemment, elle m'a elle aussi renvoyé chier, à croire que 2013 est une année de merde. Lili, tu me manques. Il m'est apparu que tu comptais beaucoup plus pour moi que je ne le croyais, beaucoup trop même. Je garde espoir, nous verrons la suite des évènements.

Je pense constamment à Aurélia, en ce moment. Lili m'a sorti des phrases qui ont ravivé ma douleur, je ne sais pas d'où elle les sort, mais elle a su appuyer sur les endroits douloureux. Je regrette tellement de choses que je ne sais même plus lesquelles ont eu le plus d'importance pour moi.

Je suis un peu perdu, les brumes de l'alcool entourent mon esprit, et je m'empâte de jour en jour, je m'embourbe dans le temps et l'espace. Parfois, je me réveille sans me rappeler où je suis, ni quel jour, quel mois, voir quelle année nous sommes; il m'arrive même de me croire de retour à Cholet, dans le même lit que la femme de ma vie, heureux et extatique, avant que la réalité ne me rattrappe et que je ne tombe des nues et ne m'écrase au sol.

Bref.

Je ne sais pas vraiment pourquoi l'envie m'a pris, subitement, d'écrire dans cet article. Peut-être un soucis de continuité, peut-être autre chose, aucune idée. En tout cas, il me semble que rien n'a plus d'importance maintenant, et que je peux continuer à observer ma vie se dérouler, comme je lirai un livre presque inintéressant, ou comme je regarderai une série télévisée à 3h du matin après un litre d'alcool. Je suis spectateur de ma vie, et cela me convient.

Du coup, qu'est-ce que je fous là ?

22h29


14 Avril 2016, Limoges, 19h24.

La raison réelle de mon choix de réécrire ici, plus de trois ans après mon dernier "article", ma dernière "entrée" dans ce journal, m'est un peu obscure.

Je suppose que ce "journal intime" se rappelle à moi dès que de grands changements s'opèrent dans ma vie, ou dès que j'ai l'impression de perdre le contrôle, ou même dès que je me sens très mélancolique et nostalgique. Je ne sais pas.Le fil conducteur est peut-être Aurélia, d'ailleurs, puisque dès que je vais mal, très mal, je pense à elle. Ma première douleur, ma première blessure, ma première brûlure. Cette plaie ouverte dans mon abdomen qui, je le sais, restera à jamais à vif.Quelqu'un m'a dit un jour, à ce propos : "Ne t'inquiète pas, gamin, j'vais te rassurer : tout le monde dit que le Temps guérit tous les maux. C'est faux. T'auras toujours mal. Toute ta putain de vie, t'auras mal. Par contre, le Temps te permettra de t'habituer à cette douleur. Tu apprendras à vivre avec, tu la supporteras tous les jours ; dès que tu y penseras, tu souffriras de nouveau, mais tu apprendras à l'ignorer, parce qu'elle fera partie de toi."J'ai appris que c'était vrai. Je le ressentirai toujours, mais j'ai compris comment vivre avec, comment le supporter.Entre temps, dans ces trois ans, il s'est passé pas mal de choses.Tout d'abord, deux séjours (courts) en hôpital psychiatrique, juste avant ou juste après la dernière entrée, je ne sais plus. J'y ai appris beaucoup sur moi, ma façon de fonctionner, etc. J'y ai appris que j'étais bipolaire à tendance schizophrène, ce qui explique pour beaucoup mon humeur en dent de scie et ma tendance à la mélancolie. J'y ai appris également à contrôler ces parties de moi que je n'aime pas particulièrement, à m'en rendre maître et à la mettre sous silence.Je leur ai donné des noms, ça fait partie de la thérapie.

Commençons par décrire l'intérieur de ma tête.Je la perçois comme une espèce de tour à l'intérieur de laquelle les différentes parties de moi sont "enfermées". En dehors de cette tour, c'est en dehors de ma tête. Elle est de style médiéval, du moins de l'intérieur. Je n'en ai jamais vu l'extérieur, et d'ailleurs, je ne peux qu'imaginer que c'est une tour, parce que je n'en ai pas non plus visité les étages.Le rez-de-chaussée se compose d'une simple pièce ronde, mal éclairée, avec au milieu une table et une chaise ; contre l'un des murs, une étagère et une armoire, avec beaucoup de matériel hétéroclite. À l'opposé de la porte d'entrée, qui est constamment close, une ouverture dans le mur donne sur un escalier en colimaçon, qui descend dans le sens horaire et monte dans le sens direct du cercle trigonométrique (merci Fafa ^^).On ne monte jamais cet escalier, mais on y descend souvent.Au sous-sol, les marches débouchent sur un couloir au sol de terre battue et aux épais murs de pierre, uniquement éclairé par des torches encadrant l'entrée.Il y a deux cellules de chaque côté, aux portes différentes.La première cellule, à droite, est vide. L'entrée est une large porte à barreaux, et on distingue sur le sol un tapis de couleurs vives.

La porte de gauche est un lourd vantail de chêne, avec une simple ouverture carrée à hauteur de visage. La cellule est très sombre, sans soupirail. Au fond dans la pénombre, on aperçoit deux yeux malsains et un immense sourire jaunâtre.

C'est le Fou. Il incarne toute la perversité, tout ce que j'ai de plus malsain, de tordu, ma paranoïa, mon sadisme et mon masochisme. Il ricane, parfois lance un murmure, presque un soupire, des paroles lancinantes et entêtantes, qui rentrent jusqu'à l'âme et font frissonner.Toujours à gauche, la deuxième cellule est murée de briques, et on peut voir des craquelures partout, jusqu'au mur, qui pourtant est épais de plus d'un mètre. une brique a sauté, et par le trou, on peut voir que les barreaux du soupirail ont été arrachés. Au milieu se tient un géant, presque nu, à l'exception d'un pagne en peau et de ses pieds recouverts de bandelettes tachées de boue et de sang. Sa longue barbe tressée tombe sur son torse, et ses cheveux gras et emmêlés lui descendent à mi-dos. Il tient dans la main l'un des barreaux du soupirail, et il frappe à grands coups rageurs contre la paroi, essayant par la seule force de son corps de détruire tout ce qui l'entoure. Il incarne ma rage et ma haine, mes instincts violents et destructeurs.La dernière geôle, en face de celle du Berserk, est celle du Prince. On le reconnaît immédiatement ; le mur a fait place à une grille, et la porte est un vantail de barreaux. Le Prince est là, assis sur une parodie de trône dont les dorures s'écaillent, posé sur un tapis pseudo-majestueux aux couleurs passées. Il agite un sceptre comme un bébé agiterait un crochet. Son bouc, bien taillé, et ses cheveux coupés courts lui donnent un air hautain et pédant, et c'est ce qu'il incarne : mon narcissisme, mon égoïsme, ma pédanterie.Votre guide, dans ma tête, est aussi le Geôlier. Il n'est pas enfermé dans une cellule, lui, il vit principalement au rez-de-chaussée, et descend régulièrement nourrir et discuter avec les prisonniers. C'est celui que j'ai choisi de laisser libre, celui que j'ai choisi pour incarner mon corps.Il est frêle, la peau blanchâtre, habillé de couleurs vives, et porte sur sa tête un grelot. Il arbore sans cesse un demi-sourire, comme si vous veniez de lui raconter une blague, mais ses yeux restent tristes et mélancoliques.Je m'arrête là pour aujourd'hui, il est 2h18.Mais, en fait, qu'est-ce que je fous, là ?

15 Juin 2023

Déjà plusieurs années que je n'ai pas écrit ici. Je tiens un autre journal, mais ne t'inquiète pas, je n'oublie pas que ce minitel existe.
Je vis à Limoges depuis quelques années. Là, posé sur les chiottes, je repense aux événements qui m'ont porté jusqu'ici. Just a leaf in the stream of creation.
Pas de mélancolie aujourd'hui, je ne sais même pas pourquoi je reprends ce texte. Et je n'ai pas besoin de savoir. La marque que je laisse, éphémère bien que moins périssable que mon corps (du moins, j'espère) ne trouvera peut-être pas de lecteur, mais le peu d'énergie et de temps qu'elle me coûte vaut l'opportunité qu'elle m'offre.
Trois ans que je suis avec Carrie, mais il faudra d'abord que je te parle de Victoria.
Une autre fois, 14h14 c'est pas le bon moment.
Mais au fait... on s'en branle de ce que je fous là, non ?

This is not another Diary

Je dois écrire mon manifeste. Faire en sorte de triturer ce gruaud bouillonnant, l'écrêmer jusqu'à en tirer le nectar le plus raffiné, afin que tous puissent comprendre mon cheminement sans avoir à se perdre dans les branchages tortueux de ma psyché. Bâtir mon raisonnement, tel une légion romaine, paver la route derrière moi, et rendre ainsi la voie praticable pour ceux que je désire engager à ma suite.

Le temps, toujours le temps, qui file entre nos orteils. On avance à pas de héron, nos enjambées s'élargissant pour esquiver les obstacles qu'on pose nous-même sur le chemin tortueux de nos vies. J'essaie, tant que je peux, d'y retrouver goût, mais je ne fais que fuir, couard que je suis. On philosophe au bord de l'eau, vexé de ne pouvoir contrôler jusqu'à nos émotions.

Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé depuis ma dernière entrée. Mais j'abandonne. Oh, non, ne pleure pas, toi qui as connu ma personne. Je disparais, mais si tu te souviens de moi, que tu parles de moi, que tu enseignes et renseignes le monde sur qui j'étais, alors je j'aurai pas vécu pour rien.

Quelques mois de plus ont passé, et je suis à nouveau devant cet ersatz de journal intime. Je ne sais quoi écrire, quoi raconter à cette machine idiote sur laquelle, pourtant, je continue de faire courir mes doigts. Assis à l'ombre d'un de ces obélisques de verre, attendant la femme de mes nuits, mon cerveau tente de formuler des phrases complexes en évitant de se perdre dans des formules de style trop alambiquées. J'exerce mon verbe, plus pour le plaisir de le sentir rouler sous mes yeux que pour vraiment développer quelque chose de concret. Les Parnassiens auraient été fiers de moi, peut-être.

Mais je m'égare et on m'attend.

Et me revoilà, quelques mois plus tard, hébété par la somnolence qu'induit une consommation excessive d'alcool alors que je suis à jeun. Et je pense à toi, Erwan, alors que j'oublierai très certainement de te faire parvenir ce texte, toi qui sauras me critiquer, que je sais pertinent dans tes moments d'analyse. Tu m'as permis de devenir un homme, mais je tiens à te mettre en garde, mon ami, comme je me mets en garde moi même: ton regard pèse sur mes épaules comme une épée de Damoclès, et mon besoin de reconnaissance me fait désirer ton approbation comme celle d'un pair plus expert. Je lutte contre ce sentiment autant que je l'embrasse, vieil ennemi adoré sans lequel je serai moins, en quelque sorte, moi même.

Tais-toi. Je refuse de t'écouter, singe sadique, toi qui passes tes journées à me lancer tes feces au visage, toi qui critiques sans cesse jusqu'à m'empêcher de dormir et même de bander. Fuck you. Fuck it.

Mais j'écris. Je m'en tiens à ces 10 minutes d'écriture par jour, sans savoir où je vais, essayant d'oublier cette angoisse au ventre qui me taraude, cette voix pernicieuse au fond de mon esprit qui murmure sadiquement : "Tu n'es rien. Personne ne lira ces mots, et quand bien même, on rirait de toi. Pire, on te dirait, les yeux dans les yeux, que ton art est plein de promesses, que tu peux réussir. Mais en secret, en ton absence, on se gausserait de ta candeur, de ta crédulité et de ton absence évidente de talent."

Fuck it. J'ai le besoin d'écrire, de m'exprimer. Pourtant, parler de moi me paraît superflu, et ma légitimité à le faire est plus que discutable. Et pourtant, me voilà, à me battre contre le correcteur automatique de mon téléphone, mes pouces trop gros pour arriver à taper sans coquille sur l'écran tactile.

C’est la fin de l’été, les étoiles sont magnifiques, et je profite d’un instant de commodités pour consigner quelques mots de plus à la suite de la logorrhée de ce journal. Je me prends à me questionner : ce verbiage inutile, est-il destiné à être lu par quelqu’un d’autre que moi ? Est-ce un témoignage au monde ou à mon futur ? Me sert-il de support à la métacognition ou est-il une sorte de testament volontairement cryptique, ou encore un simple passe-temps miroir permettant d’esquiver le silence de la solitude ? Et si c’était simplement ça, une façon de pousser mon cerveau à me faire entendre ma petite voix intérieur pour simplement que le son interne fasse fuir les ténèbres de l’abîme…?

Salle d’attente

Qu'elle est hideuse cette peinture !
On y voit un taureau, plutôt on le devine
Est-ce l'oeuvre d'un marmot
Ou une tentative de reproduction
Des monstres rupestres de lascaux ?
Une forme, un gribouillis,
Un noeud de coups de pinceaux
Fait deviner une silhouette
Qui n'est probablement pas en plein coït anal
Avec le pauvre animal
Non, je devine au bout de ses appendices
Une forme rouge qui me fait comprendre la scene
Les pâtés en bordure du cadre
N'ont pas résulté d'une pulsion
Ou d'un infarctus
Ils représentent en fait la foule en liesse
Acclamant le torrero
Qui vient d'esquiver le taureau

Grimoire / Journal

2023.10.02 Sims 4 & Back to basics

Attention à ne pas supprimer par inadvertance des morceaux de ta mémoire !

DiskDigger License Key:

DiskDigger Serial Key:

2025.11.01 Légende Personnelle ou Souvenirs Réels ?

(Message envoyé à #Moot)

Quand Aurélia m'a trompé, puis détruit sans même un regard, sans même me donner à croire que j'avais un jour existé ; puis lorsqu'avec dégoût et dédain, elle m'a foutu à la rue après que j'lui aie offert le peu que j'possédais ; puis quand j'ai tenté d'me buté et qu'elle m'a juste ghosté à partir de là...
...son dernier message de la veille étant, je paraphrase à peine :
"Je t'aime profondément, et j't'aimerai toute ma vie ; j'ai juste envie de vivre autre chose. Et tu m'dégoûtes, j'sais pas comment l'dire autrement. J'saurai pas dire pourquoi. Antoine il a des potes, il m'présente des gens. Il m'a emmené à un concert ce week-end. Va voir tes copains, va à des concerts toi aussi, comme ça quand on s'reverra on aura plein d'choses à s'raconter !
Je sais que tu seras toujours mon Précieux rien qu'à moi. Et moi j'serai toujours à toi, mais aussi un peu à moi, et de loin pendant quelques temps. Je sais pas combien de temps. Mais j'suis sûr que j'reviendrai, j'te rejoindrai, je saurai te retrouver, on est liés à tout jamais ; dans quelques mois, dans quelques années... mais faut qu'tu m'laisses vivre entre temps. J'veux pas qu'tu m'contactes si c'est pas important. Genre, si c'est juste pour me dire que tu m'aimes, je sais déjà. Et si c'est pour le dire en poésie, tu peux, mais pas trop souvent non plus.
J'te renverrai un message vers Noël, et on verra à ce moment-là.
Je t'aime.

Tienne pour toujours,
Ta Muse de Porcelaine

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La façon dont la ronce a poussé, germé, meurtri, fâné, pourri, et laissé derrière elle des marques indélébiles autour de tout ce qui, en toi, était il y a encore quelque mois animé de passion et d'amour ; l'arrière-fumet un peu âcre, un peu griffant, et pourtant un peu confortable quand même, d'une façon dérangeante et familière en même temps, comme un fromage sec pas du tout moisi mais pas du tout appréciable pas n'importe quelles papilles... si ça flotte constamment autour de toi comme un châle qui viendrait enpoussiérer, encendrer, tout ce qu'il effleure ; et que d'un coup, toujours par demi-surprise, comme si "t'aurais dû le voir venir là, c'était évident", mais à chaque fois pas prêt, à une demi-seconde hein, BLOM le châle s'affale sur tes épaules, sur tes sourcils, sur les ventricules de toa pompe à hémoglobine, sur tes articulations qui s'mettent à patauger, comme si t'avais de la purée lyophilisée en cours de gonflage dans les rotules, dans les phalanges, la gorge sèche et pourtant clairement pas envie d'avaler un liquide... à part un bon litre d'alcool en 20 minutes, allez.

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J'ai toujours dit que les nanas savent pas ce que ça veut dire, "aimer", quand moi j'le dis.
J'connais plusieurs mecs qui savent.
J'connais plein de primates qui s'disent des "mecs" et qui savent pas non plus hein.
Mais j'vois très bien que ce qu'elles appellent "aimer" ressemble davantage à "projeter des envies et désirs qui semblent réalisables grâce à toi ; être fière d'être avec toi plutôt qu'les précédents, elle y a gagné au change ; être flattée de ton attention et de tes preuves d'affection (puis, plus tard, prendre pour une insulte que les sacrifices habituels ne soient pas effectués dans les délais auxquels tu te plies depuis toujours !)
Se sentir valorisée, épaulée, aidée, assistée, choyée, mais aussi respectée, libérée, protégée mais jamais enfermée ; ne jamais avoir à décider, mais qu'on nous en donne toujours la possibilité.
Être privilégiée et que ça soit vu. Que ça se sache. Mais ne jamais en parler.

Ça, tout le monde "aime" et "désire" ça.
Moi aussi, évidemment. Princesse potiche, c'est le poste le plus confortable : avoir du pouvoir, sans jamais risquer de le perdre en l'exerçant, et sans jamais avoir à assumer seul les conséquences néfastes de nos abus, de nos failles, de nos défauts, de nos vices...

Mais moi, quand j'dis que j't'aime, dans mon monde, ça veut dire que :
Même si tout ça, tu m'le donnes pas. Même si tout ça, tu m'en prives. Même volontairement. Même si tout ça, tu m'le prends pour l'offrir, devant mes yeux, dans l'but de m'faire mal, à mon pire ennemi...
L'élan que j'ai qui me pousse à considérer que c'est ce qu'il faut, si c'est ce qui te rend heureuse ; que je suis privilégié à jamais d'être ne serait-ce que agréable pour toi ; qu'être un rouage dans ta vie rend la mienne supportable. Que si c'est mon absence qui te rend la vie plus belle, alors que m'effacerai même de ton passé.

Et j'sais très bien faire la différence entre ça, et c'qu'on appelle la passion ; ainsi qu'avec l'obsession, la fascination, la vénération, l'adoration, et la dévotion.
Je sais que j'fais une différence parce que y'a des gens pour qui j'ressens le tout, et des gens pour lesquels j'ressens qu'un seul de cette liste.

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Ce que t'as évoqué, la façon dont il semblait à la fois impérieux que t'en parles, impensable de l'passer sous silence si un frangin te demande de tes nouvelles ; et pourtant alors que tu connais les mots exacts pour décrire la situation et tu sais nommer ces émotions qui t'enserrent ou t'emplissent...
Ça n'se fait pas d'en parler comme on parle d'un repas ou de nos derniers textes.
Pour moi, j'le ressens comme si j'avilissais quelque chose, parce que y'a un truc de sacré dans ces émotions, faut pas les banaliser ; c'est comme si le fait de garder cette souffrance un peu mystique, un peu émanante, divine, surhumaine, ça rendait du coup bien plus supportable l'absurdité de son existence, de sa présence, et des situations qui l'ont causée. Et du fait que ce soit juste ma tête qui fait souffrir... ma tête, en repassant dans... ma tête, tout ce qui aurait du m'passer par la tête qui aurait p't'être changé queque chose, sans jamais de certitude... Absurdément inutile, et pourtant répété compulsivement de moi par moi pour moi contre moi à cause de moi.

Moi, je sais pourquoi j'en fais des caisses. Je sais pourquoi j't'écris tout ça, pourquoi je ne peux pas, et même si j'pouvais je n'voudrai pas, et même si j'voulais je n'cèderai pas, à faire plus court, plus concis, plus direct, moins poétique et plus analytique.
Mais ça n'permettrait en rien à quelqu'un n'ayant jamais aimé ni été aimé, de comprendre ce que j'entends par ce mot ; et ça ne nous permettrait pas, entre êtres ayant été animés par cette sentation, ce sentiment, cette émotion, cette injonction, d'échanger précisément sur ce qui semble identique dans nos qualias, dans nos fonctionnements, dans nos réactions, dans les contextes qui les ont vu éclore... et ce qui est plus personnel, plus idiosyncrasique, et de pouvoir ainsi mieux se connaître soi et mieux se connaître l'un l'autre...

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Et donc, pourquoi ce Jeté de Lourd Passé en 13 pages, lancé à la gueule du Meujeu à 4h du mat' pour une Session 1 qui démarre à 14h30 après les pizza ?

Moi, j'm'en suis rendu méchant. Mesquin. Vil, vicieux, sadique et sordide ; j'ai sauté sur l'occasion, j'en ai profité pour en justifier le mépris que j'me portais, l'aversion que j'ressentais pour tout ce qu'on m'a, depuis tout petit, expliqué par la violence, que chez moi y'avait comme particularisme dégoûtant, minable, ou ridicule ; j'ai même fini par me laisser convaincre que, au fond, inconsciemment, j'avais saboté notre relation et torturé mon ex, petit pervers malsain que j'me croyais, dans l'but narcissique de m'punir par procuration empathique, et lorsque j'aurai détruit la plus belle personne qui soit, la pousser à y mettre fin, par l'isolement misérable qui s'en est suivi ; comme si j'avais enfin appris à quel point, par nature, par essence, j'étais une raclure échappée, un glaviot insolent, se croyant l'audace de pouvoir exister... alors, pour rendre justice, pour rétablir la justesse, pour endosser la charge du jugement, pour ne plus avoir à me justifier, et pour conjurer le sort, j'me suis rendu agent, acteur, protagoniste exécrable, assumé, volontaire, arboré même, parfois annoncé, parfois sournoisement immiscé ; j'ai joué ce rôle, puis l'ai endossé, comme une charge, puis comme une mission ; puis lentement j'ai cessé de forcer, je me suis laissé muter.
J'ai eu une chance qui, à elle seule,vaut largement plusieurs de mes malédictions : je vivais avec Ludo et Rémy. Ils m'ont abordé ensemble, en tenaille, avec tendresse en plus les enflures ; m'ont demandé sans insister de m'asseoir et d'bien vouloir les écouter, et ensuite ils respecteraient mes choix en les prenant en compte et en agissant, pour eux mais pas contre moi, au mieux.

C'était après plus d'un an que j'avais pris un malin plaisir à m'torturer pour me sentir vertueux de m'punir mieux qu'tout le monde tout en enseignant à mon entourage que faut s'méfier des raclures commme moi ; toujours tout saboter au moment le plus vulnérable ("voilàààà, c'est contre ça qu'il faut que tu apprennes à te défendre, voici ce que tu aurais pu faire pour m'empêcher de t'faire du mal, tu l'sauras maintenant, retiens hein parce que si j'vois qu'y'a une faille, chuis une merde, j'vais m'en servir...")
J'passais mes soirées à tout détruire et mes journées à repousser tout ce qui aurait pu faire qu'on s'attache à moi ; tout ravager, tout piller autour de moi ; et puisque j'étais efficace à être une sous-merde, j'étais fier d'être le protagoniste "Vilain" contre lequel mes amis les Héros pouvaient s'antagoniser, puis faire mal pour gagner et m'punir, ce qui leur permettait, selon mon système tordu de cinglé, de toujours être les gentils de l'histoire, et j'étais fier de moi. Fier d'être une merde honteuse. Mais la plus grosse merde. La plus honteuse hein.

J'me souviens que j'avais passé mes quelques soirées précédentes à manipuler des copains pour leur faire croire qu'ils avaient un problème et besoin d'un coup d'main pour le régler, impérativement dans la semaine ; l'un pour un frigo dont j'lui avait assuré qu'il fallait changer le bouton (qui buguait un peu), que moi j'l'aurai bien fait, mais ça tombait mal ; en plus fallait l'acheter sur ebay et aller le chercher à poitiers parce que c'était plus fabriqué (mensonge, je savais qu'il y en avait à Boulanger à Limoges) ; un autre c'était pour acheter une license Windows 7 mais sur CDRom pas en démat' parce que comme ça on peut pas te la pirater (tu vois la douile de con j'pense), et le troisième j'sais plus, p't'être genre un câble gros jack pour que les amplis de soirée crachent moins (youtube sur mini-ampli de guitare élec avec 30 personnes qui gueulent par dessus, rien ne le fera moins cracher, à part ne pas inviter 30 personnes dans un 25m² ; j'les ai fait galérer séparément plusieurs soirées de suite (on faisait soirée 4 soirs par semaine à l'époque) ; puis j'ai trouvé quel jour les arrangeait le moins, y'en a un qui a décommandé sa reum, et un qui a emprunté la caisse de sont frangin... j'm'étais "occupé de tout, facile en plus, go Angoulème, j'appelle chaque vendeur que j'avais réussi à convaincre de nous y rejoindre, tac tac transac, on rentre, nickeL

Départ 7h du mat'.
Retour max 14h, problèmes réglés 17h, 18h apéro.
J'me suis fait offrir la bouteille de remerciement la veille au soir (bah oui, j'serai pas là pour la soirée, j'vous ai dit ça m'arrange pas cette semaine. J'vous rends déjà un service, à charge de revanche hein, z'allez quand même pas en plus me pousser à la consommation et me dévoyer de mes obligations familiales !)

Y'avait aucun problème hein.
J'avais pas du tout contacté les vendeurs.
J'avais rien d'autre de prévu que me foutre de leur gueule.
J'ai pris mon 70cl de Laphroaig, j'suis rentré chez moi, j'l'ai savouré. J'ai éteint mon portable. J'ai rarement aussi bien dormi.
À 6h30 j'étais évidemment de LAN Party à mon QG Cyber-Café.
De 7 à 8.30 ils ont blindé ma messagerie, d'abord conciliant, puis stréssé, puis "tant pis on va s'démerder, envoie-nous les nums dès que t'as ce message, tu fais un peu chier mais bon déjà t'as rendu service, profite bien de ta mifa.)
J'les ai appelé en plein milieu de l'aprem. J'me suis foutu de leur gueule. J'les ai traité de pigeons, de sacs à foutre juste bons à s'faire remplir par le premier qui leur tend un sandwitch, de caniches tellement avares de camaraderie qu'ils étaient prêts à gober n'importe quel bobard flagrand et à sucer les yeux fermés, du moment qu'ils sont pas tout seul et que quelqu'un gère.
J'leur ai dit qu'avec une génération de ratés finis au prozac dilué mojito comme la nôtre, c'était pas étonnant que la chose la plus glorieuse dont on ait à se vanter, en soirée, devant des gens dont on veut le respect, l'admiration, l'affection, l'acceptation... c'est de pouvoir faire deux tek-paf sans gerber sur la pouffiasse qu'on veut se charcler depuis un an mais à qui on a jamais osé sourire, puis dire qu'on est niveau 45 sur WoW.

Et enfin :
Bande de sous-humains dégénérés. À 25 piges, un putain de quart de siècle, z'avez toujours pas compris ? Si c'est gratuit, c'est toi l'produit ; si c'est pas cher et proposé, pas une affaire, c'est qu'y'a vice caché ; et si c'est pas toi le charlatan, et que t'es pas non plus l'assistant, c'est que c'est toi le passant qui s'fait prendre pour un gland et rentre chez maman en chialant qu'les gens sont méchants.

Bah non. T'es juste con. Nan, pas "trop gentil". Juste trop con.

J'avais découvert ces "dictons" sur youtube genre 3 semaines avant. J'avais pas du tout planifié une "leçon" ou quoi en m'foutant d'leur gueule ; j'avais juste assimilé et appliqué par réflexe que les gens, quand ils se retrouvent impuissants, dans la merde, et qu'on les a pas forcés à venir dans c'trou, qu'ils y sont allés, avec entrain et tout, fièrement... tu peux pas échapper, à ce moment-là, à la honte de t'sentir moindre, d'être l'idiot, le crétin, le dindon avec un avant bras inconnu enfoncé par l'oignon jusqu'au fond.
Et dans ces moments-là, y'a rien d'pire que le connard qui dans l'immédiat peut aisément te faire croire à sa supériorité intellectuelle ; mais qu'est une merde, pour lequel tu n'pourra pas épourver autre chose que de la colère, du dégoût et d'la rancoeur ; ce gars-là, qui vient d'te prouver qu'il est aussi détestable et monstrueux qu'il disait (même là dessus, ça t'prouve que t'es débile, que tu écoutes rien...)

Bah ce fond d'capote que tu croyais être ton pote alors qu'il t'a toujours dit qu'il fallait pas s'attacher à lui, que rien de bon n'émanait jamais de sa personne... tu vaux moins que lui. Là dessuite, ça te semble une évidence.

Faire croire au mec bien qu'être un mec bien, c'est mal ; convaincre un preux que les tyrans, les tortionnaires, les traitres, les tricheurs, c'est eux qui ont raison. Que la vertu ne sert qu'à détruire le bien, que l'efficacité n'existe que dans l'excellence, et que l'excellence ne s'exerce que dans la domination, dans la victoire et dans la lumière qui s'éteint dans l'oeil de ta victime lorsqu'elle se soumet.

Et le lendemain soir, j'devais pioncer chez Rem's et Ludal ; j'squattait régulièrement chez eux, tranquille, j'avais prévu d'me bourrer la gueule, d'aller écumer les bars, et d'rentrer n'importe quand pour ronfler sur un fauteuil.

Et ils ont passé la nuit à m'lister tout ce qu'ils trouvaient admirables chez moi, et que si j'pouvais les aider à m'aider à les aider, ça serait la même dépense d'énergie, la même honte mais plutôt orientée "j'aurai pû mieux faire, si j'avais fait comme ça" plutôt que "haaaaa là, j'vois pas comment on peut faire pire sans m'attaquer physiquement aux mamans..."
Et ils m'ont pas lâché.
Les bâtards.

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Et du coup, ma période "tortionnaire sadique manipulateur" a duré de mes 20 à mes 22-23 à peu près.
T'es plus vieux qu'ça, mais t'as pas non plus vingt ans de sus ; moi c'était mon premier amour, toi j'ai bien l'impression que c'est ton plus vrai, ton plus intense, ton plus pur... mais t'as déjà aimé avant, ou faudra qu'tu m'expliques comment t'as réussi à l'évoquer dans l'art et à en en parler par omission sans l'avoir vécu.
Donc déjà, j'suis curieux des différences dans nos ressentis, dans l'impact que ça a sur nous mais aussi dans c'que ça a changé comme rouages, comment ça nous agit, de l'intérieur.
Et du coup tu vois p't'être pourquoi j'ai eu la sensation que Red pourrait correspondre plutôt bien à c'que j'imagine comme ton Ombre.
Le gars que j'étais à 20-23, il était animé, malmené, obsédé, sans répit *et sans réponse, par ces émotions refoulées, enfouies, qui une fois combinées, si nombreuses et pourtant toujours par obligation, jamais après avoir compris pourquoi ou quoi exactement, juste "là, t'as fait de la merde, on te dira pas quoi, mais tu t'fais tabasser et tes potes te parlent plus pendant une semaine, puis tout redevient comme avant, mais on t'appelle "pousse-la-merde" dans tout l'collège pendant un mois. Et tu n'sauras jamais, de ta vie, pourquoi. Mais faut être gentil et poli avec les gens, sinon ils te dénoncent et te tapent. Donc toi, si tu appelles le gars qui t'appelle "pousse la merde" j'sais pas genre "crotte de nez", t'es puni. Et "c'est lui qu'a commencé" c'est les gamins qui disent ça. Les gamineries, puni. Par contre si tu l'pousses, que du coup il te tape, fallait pas commencer par l'pousser, t'es puni.

Ça, ça donne des mécanismes d'auto-contrôle, d'auto-brimades, d'auto-vigilance constante sans savoir exactement ce qu'il, faut, ou non, amoindrir, corriger, enfermer.
Et avec le temps, tu commences à te rogner d'l'intérieur. À t'amoindrir. Presque devenir... l'ombre de ce que t'étais ?
Moi, c'est là que ça a commencé à cracker, et c'est allé de paire avec mes premières crises, avec plein d'autres trucs, et vraiment, tu fais intensément partie de ceux sans qui j'aurai pas tenu, j'pense que tu sais déjà, mais c'qui va bien sans dire, va mieux en l'écrivant.

Et donc, tout ça pour en venir à la question que j'voulais te poser et pour laquelle il m'a semblé que j'pouvais m'permettre une très courte, très simple mise en contexte :
J'ai pas l'impression que ton Ombre t'ait tant que ça malmené pour cette histoire.
Pourtant, je sais qu'la tienne est pas... docile commode, ou câline.
Et j'sais aussi qu't'as une forte maîtrise de toi et un sens de l'éthique, des codes particuliers, et en prime un goût pour la bienséance, la politesse, la courtoisie, le panache... qui demandent de refouler toutes les pulsions veules et égoïstes que nos glandes de primates nous fournissent.

J'veux ta potion magique. Dévoile-moi ton secret, vieux brigant.
Si tu veux, j'te donne d'abord le mien, si ça peut t'mettre en confiance.

...

Je m'entoure de gens meilleurs que moi, qui peuvent TOUJOURS me foutre une déculottée publique (propre ou figurée) si j'merde ; et , avant d'partir de chez moi ainsi que quand j'rentre d'une situation sociale intense, j'me branle sauvagement. Ce qui de toutes façon est fréquent, même sans sortir.

Blague à part, si tu sais expliquer comment tu maitrises et disciplines le sauvage en toi sans te ficeler ni te rogner à l'excès...

Et fichtrebleu, ça m'a fait un coup de bien là d'avoir de tes nouvelles, tes textes et qu'tu fasses partie de ces gens que j'aime qui, même si on a pas parlé depuis deux ans presque, échangent avec moi naturellement, sainement et sincèrement comme si on faisait ça chaque semaine.
Ce que j'ai bien envie de remettre en place, à propos.
BG3 demain soir si t'es de congé Lundi.

Comme une ode offerte, ou comme un témoignage,
Cicatrice dressée, luisant dans le brouillard
Je le connais, c'est mon frère, un sage du Sauvage,
On croirait voir un Lycan sculpté en ivoire.

Il revient de la guerre mais me semble le même.
Mais par quelle Magie ? Aucune de Bohème,
Je sais, je les pratique ; rien n'y est éternel.
Tes pouvoirs t'ont permis de te rester fidèle .

T'es un as. Merci.